Daikichi Amano

[Texte originalement publié sur Sinistre Magazine]

Le plaisir de faire une chronique sur un sujet aussi foisonnant que celui des arts visuels tordus vient aussi souvent des suggestions que je reçois de la part de lecteurs. Seriez-vous donc vraiment surpris d’apprendre que l’artiste qui fait l’objet de notre dégoût cette fois-ci est une proposition de notre nanardienne préférée? Les clichés de Daikichi Amano, qui marient érotisme, grotesque et bestioles, sont à la fois sublimes et carrément répugnants. Une mention s’imposait donc! J’étais par contre bien loin de me douter jusqu’où mes recherches sur le sujet me mèneraient…

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Daikichi Amano est né à Tokyo en 1973. Il étudie l’art aux États-Unis, mais c’est lors du retour dans son pays natal que l’artiste développe un langage particulier avec la photographie. C’est qu’enfant, Amano était déjà vivement intéressé par la sexualité. Peut-être même un peu trop. Les jeunes filles de son école le détestaient; le garçon adorait se faufiler dans leur vestiaire pour les observer. Ses expérimentations lui ont même valu quelques visites à l’hôpital. En effet, il aimait particulièrement insérer de petits jouets ou d’autres objets comme des effaces dans son… orifice personnel. On comprend peut-être mieux maintenant d’où lui vient cette fascination pour l’érotisme, voir la pornographie, qui se retrouve dans chacune ses œuvres.

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Le Tentacle erotica (drôlement traduit de l’anglais par Tentacule érotique) ou encore le Squid porn, ça vous dit quelque chose? C’est pourtant un genre pornographique que l’on retrouve au Japon depuis le début des années 1800. Il a d’abord fait son apparition dans des gravures illustratives ukiyo-e pour finalement atterrir dans la culture pornographique Hentai. À l’époque, la censure très stricte du pays ne permettait pas de représentation du sexe masculin, mais cette loi ne faisait pas mention des pénétrations tentaculaires – métaphore dans la forme pour représenter le phallus. Grosso modo, vous l’aurez donc deviné, il s’agit donc du viol d’une femme par une pieuvre. C’est de cet univers particulier que s’inspire Amano pour créer ses photographies… et aussi ses films.

Untitled_14_2011C’est dans son stutio appelé Genki Genkin (qui signifie «agréable sensation») que notre homme rallie ses modèles pour créer ses visuels. En plus des traditionnelles pieuvres, ces femmes rencontrent également des calmars, anguilles, grenouilles, vers de terre, cafards et autres bestioles, selon l’inspiration du moment, qui viendront souiller leur corps et épouser leurs courbes. Ces petites bêtes, pour la plupart achetées à la poissonnerie du coin, sont toujours vivantes au moment du shooting et mangés par la suite, afin d’éviter le gaspillage. Et si ces créatures étaient de toute façon destinées la consommation, aussi bien s’amuser avec elles un peu avant. C’est du moins l’avis de l’artiste et de son équipage.

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D’ailleurs, ces bestioles ne sont pas utilisées dans le but de déranger, ni même de dégoûter. Il s’agit plutôt d’une exploration entre leurs formes et caractéristiques propres et celui du corps humain. Les femmes qui s’adonnent à l’exercice prétendent en éprouver des sensations plus que satisfaisantes. Si la plupart des photographies qui se retrouvent dans cette chronique sont plutôt softs, d’autres beaucoup plus extrêmes et explicites existent, et c’est sans parler des films pornographiques sur le thème (toujours produits par Amano) qui en découlent. Comme ce n’est pas la vocation de cette tribune, je vous laisse le soin d’effectuer vos propres recherches, si le sujet vous intéresse plus en profondeur – sans mauvais jeu de mots!

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Toujours est-il que l’esthétisme est au cœur même des photographies de l’artiste. Les mises en scènes réglées au quart de tour donnent place à un mélange de couleurs et de textures inattendues pour un résultat surréaliste souvent aussi très près de l’art abstrait. Mais c’est cette dualité entre le repoussant et l’érotisme, entre le beau et le visqueux et entre le naïf et le pervers qui rend ces clichés si mystérieux, et peut-être même si envoûtants.

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Vous ne retrouverez malheureusement pas beaucoup d’informations supplémentaires sur le site officiel de Daikichi Amano, sinon quelques-unes de ses photographies en plus. L’artiste jouit par contre d’un statut quasi-culte sur le web et plusieurs sites font mention de son travail. Explorez donc, à vos risques et périls!

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