Olivier de Sagazan

[Texte originalement publié sur Sinistre Magazine]

La transformation du corps humain est un thème fascinant, souvent exploité dans le cinéma d’horreur (communément appelé body horror). Certains réalisateurs ont bâti leur carrière autour du sujet. Qu’on pense aux films de David Cronenberg (Videodrome, The Fly, eXistenZ, etc.) ou au cyberpunk de Shynia Tsukamoto (Tetsuo: The Iron Man et ses suites), le cinéma de genre regorge d’exemples peu réjouissants sur la nature et l’avenir de notre corps. Du côté des arts visuels, certains artistes s’intéressent aussi à la question. C’est le cas d’Olivier de Sagazan, qui consacre entièrement son œuvre à l’exploration de cet amalgame de chairs et de sang que nous habitons.

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Né en 1959 à Brazzaville (capitale politique du Congo), Olivier de Sagazan est aujourd’hui établi à Saint-Nazaire en France. Au début des années 80, sa passion pour le corps humain le pousse à suivre une formation en biologie, qu’il enseigne à son tour quelques années plus tard. Pourtant, l’homme de science s’intéresse aussi de près à l’art, notamment l’art africain traditionnel. C’est de l’union de ses intérêts et de ses origines que l’artiste développe une technique particulière, qui naît d’abord sous forme de peinture et de sculpture.

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Son style, qu’il qualifie d’expressionniste, est unique. Le mouvement et le relief sont omniprésents dans ses toiles. Ses sujets, qu’ils soient disséqués sur la table d’autopsie, animés d’une danse abstraite ou simplement traités sous forme de portrait partagent tous un même thème: la transformation. Il en va de même pour ses sculptures, d’étranges personnages créés à l’aide de matières organiques et de métal, qu’on croirait à la fois en pleine momification et en proie à un ancien rituel vaudou. Dans tous les cas, l’instant se retrouve figé et immortalisé dans le temps. C’est toutefois à l’aide de ses propres mouvements, de la photographie, de la peinture et de la sculpture que de Sagazan réussit à faire sa renommée.

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En effet, l’artiste utilise maintenant son corps comme canevas et comme médium; il le sculpte et le peint devant public dans d’étranges rituels qui dérangent et surprennent. Il réalise en 1994 sa première performance intitulée Bandage. Dans cet acte, l’homme arrivait sur scène le visage bandé, défaisait lentement ce «masque» et s’ouvrait les veines – non sans rappeler l’art controversé de Franko B. Dans ses dernières créations, de Sagazan se sacrifie toujours sur scène, mais sans recours à l’automutilation. Le résultat n’en demeure par contre pas moins viscéral. Dans sa plus célèbre création, Transfiguration, qu’il reproduit depuis maintenant plus de 10 ans, l’homme déconstruit son visage à l’aide d’argile, de peinture, de laine, de branches ou de fer. Pendant une quinzaine de minutes, une série de visages monstrueux apparaissent sous les yeux des spectateurs.

C’est dans ces introspections primitives que l’artiste cherche à comprendre, à reprendre possession de son corps; une enveloppe phénoménale qu’on banalise trop souvent, selon lui. «On ne voit plus assez le caractère exceptionnel de notre corps. En l’amenant dans des situations extrêmes, en le mettant à mal, je veux que mon corps me révèle des choses.» Via ces recherches, l’artiste extrait des clichés de ses fameuses performances qu’il retouche et traite à l’aide de différents médiums. Ces nouvelles œuvres lui permettent de pousser encore plus loin ce concept de transformation en ajoutant une dimension encore plus surréaliste (et souvent aussi plus morbide) au résultat final.

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Le cinéaste américain Ron Fricke s’est d’ailleurs senti plutôt interpellé par la démarche. En 2011, il offre à l’artiste de recréer sa performance Transfiguration devant caméra pour la suite de son très prisé Baraka (1992) intitulée Samsara (qui signifie «existence cyclique» en sanskrit). Le long-métrage fort en symbolique sur les concepts de vie, de mort et de rituels de passage se révèle tout indiqué pour l’art de de Sagazan.

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Si vous appréciez le travail d’Olivier de Sagazan, vous serez certainement déçu d’apprendre que vous l’avez manqué, puisqu’il était de passage chez nous en mars dernier pour présenter son fameux Transfiguration dans le cadre de la soirée Extase, un chien écrasé qui scintille présenté au Studio P, à Québec. Les gens de chez L’Aérospatial, un magazine dédié aux arts visuels sur les ondes de CKRL 98,1 FM, ont néanmoins profité de sa visite pour réaliser une entrevue des plus intéressantes (et d’ailleurs, l’une des rares que l’on puisse retrouver sur le web) avec l’homme. Vous pouvez l’écouter via ce podcast sur leur blogue. Vous retrouverez aussi l’ensemble de son travail sur son site web officiel.

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